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Françoise Delord

De Bobino à Beauval

« Gare au gorille ! » chantait Georges Brassens qu'elle présentait alors à Bobino. Cinquante ans plus tard, on vient de très loin voir ses orangs-outans. Son zoo de Beauval est devenu le premier de France. 

Comédienne, chanteuse, présentatrice de variétés, Françoise Delord a préféré les animaux et la nature, aux requins du show-biz et à Paris. Portrait d'une figure de Loire dont la vie est un roman. 

Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans… Non, Charles Aznavour, est un des rares monstres sacrés de la chanson française des années 60 qu'elle n'a pas connu. « Je changeais de robe à chaque annonce » raconte-t-elle, du temps où on l'appelait « Mlle Bobino », qui était le music-hall de la rive gauche (Montparnasse). C'était une jolie fleur mais pas dans une peau de vache. De grands yeux noirs, une silhouette moulée dans des robes au dessus du genou, et une grande choucroute de cheveux à la Vartan, celle de la « Panne d'essence », Françoise Doucet, joli brin de femme, jouait les speakerines comme à la télé… Dario Moreno, Barbara, Eddy Mitchell, Léo Ferré, et puis Brel, le grand Jacques dont elle buvait les chansons, assise au premier rang. De tous, c'est Georges Brassens dont elle garde les plus beaux souvenirs. « Un homme bien, d'une gentillesse…». Sachant qu'elle emménageait, il lui a offert une scie circulaire, un jour d'anniversaire. Et puis, privilège suprême, cette lettre signée du chanteur-poète, bien léchée, comme il savait les faire et qu'elle a reproduite dans le livre de sa vie.

Petite, Françoise Doucet rêvait de brûler les planches. Elevée seule par une maman institutrice près de Montargis, la future patronne de Beauval fit ses humanités au Lycée Jeanne d'Arc à Orléans. Très vite, elle brûla surtout les étapes et s'inscrit au conservatoire national d'art dramatique. Elle rêve de jouer Phèdre et Andromaque. « J'étais trop douce, trop coquette » dit-elle. « En fait je n'étais pas faite pour être comédienne » avoue-t-elle mais elle ajoute aussitôt, « je ne regrette rien ». A l'apprentie comédienne fauchée qui vit à Paris dans une chambre de bonne, c'est le comédien Robert Manuel qui propose, comme « petit boulot », d'aller présenter le spectacle de rentrée à Bobino et de passer les plats, pour les Darras, Lanoux, Richard, Noiret… « J'avais un contrat de trois semaines », elle y restera six ans.

Avant de se transformer d'un coup de baguette magique en créatrice de volière, Françoise, très fleur bleue, épousa un copain de scène, Jacques Delord, un magicien. Elle le fit disparaître assez vite de sa vie mais c'est grâce à sa belle famille qu'elle choisit Beauval, un lieu-dit de Saint-Aignan-sur-Cher. « Ils habitaient à Tours et voulaient voir leurs petits-enfants ». Aujourd'hui Delphine et Rodolphe font tourner cette entreprise familiale parce qu'un jour elle fit cadeau d'un couple de « becs d'argent », des oiseaux africains, à sa fille Delphine, trois ans, et qu'elle acheta ensuite quai de la Mégisserie, des diamants mandarins « Daphné et Chloé ». Dès lors, Mme Delord attrape la fièvre acheteuse d'animaux qu'elle adore tous.

A partir de 300 pensionnaires à plumes, Françoise se voit contrainte d'ouvrir en 1980, le parc de Beauval. « A l'époque on me traitait de folle » raconte Françoise Delord qui recevait elle-même les visiteurs et faisait la caisse sur une boite en plastique. « Ce qui nous a sauvé c'est de n'avoir pas fait d'école de commerce ». Claude Caillé, le patron du Zoo de la Palmyre lui dit un jour, « mets deux singes et deux trois fauves » et appelle ça un zoo, sinon tu ne tiendras pas ». De tigre blanc en gorille et en panda, Beauval abrite maintenant dans un parc boisé, plus de 600 espèces vues par près d'un million de visiteurs chaque année. Référence parmi les zoos mondiaux, notamment pour la protection des espèces menacées, le ZooParc de Beauval a fêté ses 35 ans en septembre 2015.

Au cœur du zoo, Françoise Delord vous emmène en voiture électrique voir Babrak sa hyène favorite qui lui fait des mamours à travers la vitre. Là, vous mesurez, incrédule, l'incroyable popularité de Mme Delord. Plus connue que le …tigre blanc, élégante, un peu mystérieuse derrière ses lunettes carrées noires, vue maintes fois à la télé, elle reçoit émue les compliments sincères des visiteurs : « il est magnifique votre zoo, Madame, je viens tous les ans ». Des fleurs, comme des applaudissements sur une scène de music-hall. Françoise Delord n'était sans doute pas une bête de scène. Mais ses mises en scène des bêtes ont tourné au récital. 
 
Par Christian Bidault
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